Le fleuriste

Georges François est le plus ancien fleuriste de Paris. Il a révolutionné l'art du bouquet et travaillé avec les plus grandes maisons : Yves Saint Laurent, Hermès, Kenzo... Son succès, Georges François le doit à son travail et à sa rigueur dans le choix de fleurs françaises, fraîches et locales. Vous pouvez toujours passer la porte de sa boutique, il y est du petit matin à la fermeture.

— Réalisation : Clément Boxebeld, Julia Mourri | Montage : Anna Brunstein

Publié le :
7/7/2022

Le réveil de Georges François indique 4h du matin. Un café pour émerger et il quitte son appartement. La journée sera longue avant qu’il ne rentre chez lui à 21 heures. Il fait encore nuit noire lorsqu’il prend la route pour Rungis avec Tomoko, sa femme, également fleuriste, et Konomi, une jeune employée. La camionnette s’arrête devant le bâtiment C1, celui des fleurs coupées.


Dans les allées du pavillon, il ne peut faire quelques mètres sans se faire arrêter chaleureusement : "Monsieur Georges, ça va ?Bien et toi ?" Pourtant, le personnage a du mal à rendre les sourires. "Mon visage fait la gueule, je ne peux rien y faire", nous confit-il. Il interpelle les grossistes : "Eric, c’est du jour ou pas du jour ?" demande-t-il en désignant une botte "— Oui, ça se voit à l'œil !Non, pas toujours."

Anémones, pivoines, pois de senteur, Georges François repart du marché la camionnette chargée à bloc. Il privilégie les fleurs qui viennent de France, et de saison. "J’aime les fleurs et les fleurs m’aiment", nous dit-il en arrivant aux abords de sa boutique, rue Delambre, à Montparnasse.

Son premier amour


Cette histoire d’amour remonte à 60 ans. Avant cela, Georges était dans les fruits et légumes. "En définitive, le fruit est le résultat d’une fleur", dit-il. Il se fait connaître en créant des bouquets mélangeant fruits, légumes et fleurs. Comme pour la cuisine, les fleurs ont des couleurs, des odeurs. Il y retrouve aussi la temporalité des fruits de saison. Georges aime toutes les fleurs, mais pas toute l’année : "Quel est l’intérêt d’avoir des pivoines au mois de décembre lorsqu’elles sont belles en avril-mai ?"

À 23 ans, 25 personnes travaillent pour lui. Plus tard, lorsqu’il ouvre une autre boutique dans le 15e arrondissement de Paris, il commence à travailler pour les grandes maisons comme Yves Saint Laurent, Hermès, Jean-Louis Scherrer, Emmanuel Ungaro, Kenzo.

Un éternel romantique


Au fond de l’étroit magasin, Georges François fait de la place sur la table. "Je suis maniaque", assume-t-il. Konomi pose sur le plan de travail roses, lilas, bougainvilliers, renoncules, que les mains sèches et agiles du fleuriste saisissent, effeuillent et aménagent en un bouquet romantique.

Il attend le même romantisme de ses clients : "Une personne qui vient pour n’acheter qu’une rose, j’ai tellement envie de lui dire : écoute, pépé, attends six mois, tu vas offrir un vrai bouquet !" Notre homme regrette aussi les fêtes des mères, grands-mères et autres Saint-Valentin, qui font monter le prix des fleurs : "Elles coûtent cher et sont de mauvaise qualité, stockées pendant 15 jours au frigo, c’est une honte. Pour moi la St-Valentin, c’est tous les jours."

À Konomi et Hyunji, ses deux jeunes employées, il transmet le "savoir bien faire". "Je suis un très bon professeur", reconnaît-il sans la moindre modestie. Georges enseigne aussi à l’étranger, en particulier au Japon, où il est considéré comme un "dieu vivant", selon ses dires. Sa principale qualité ? "L’exigence. Pas vrai les filles ?Absolument", répondent ses employées amusées. Konomi prend en photo le bouquet confectionné par George et le poste sur Instagram. "Tu fais une story ?", demande Georges.

Cela ne fait que quelques mois que le fleuriste touche sa retraite, il ne l’avait encore jamais réclamée. Cela ne l’empêche pas de travailler 15 heures par jour : "Si je m’arrête, je m’emmerde", répète-t-il. Mais il a déjà réfléchi au jour où il remettra les clés de sa boutique. Ses yeux se posent sur sa jeune employée. Il n’en dit pas plus : "On n’y est pas encore."

Texte : Julia Mourri, Photos : Clément Boxebeld, Julia Mourri

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