Le forgeron

Manda Kanté a grandi au village de Niougoméra au Mali et appartient à la caste des forgerons. Il a commencé à frapper le fer à l'âge de 5 ans et 70 ans plus tard, à Montreuil, il continue toujours. Comme le veut la tradition, Manda a transmis son savoir-faire à son fils et prodigue ses conseils et savoirs aux apprentis.

— Réalisation : Clément Boxebeld, Adèle Cailleteau | Montage : Adèle Cailleteau

Publié le :
9/6/2022

Assis devant son tronçon d’arbre, en train de frapper un morceau de métal avec un gros marteau, Manda Kanté a une allure de jeune homme. Son geste est puissant, précis. La fine barbe blanche qui fait le tour de son visage, et ses difficultés à rester debout longtemps, le trahissent. Né au Mali juste après la Seconde Guerre mondiale, il est venu en France à la vingtaine, à Montreuil. En semaine, il travaillait pour la mairie. Le week-end, au foyer d’immigrés dans lequel il résidait, il forgeait. Parce que Manda est un Kanté. Son nom l’indique, il appartient à la caste des forgerons. A 5 ans, il frappait déjà le fer avec son père.


70 ans plus tard, il continue. Dorénavant, dans un local mis à disposition par la mairie et l’office HLM de la Fédération des forgerons artisans de Montreuil (FFAM). Cette association existe depuis 2012, elle a été créée par Mahamadou Kanté, le fils du jovial monsieur à la barbe blanche que nous sommes venus rencontrer. Depuis 2012, les forgerons ont déménagé cinq fois. Le voisinage était dérangé par l’activité bruyante de la forge. Ils sont maintenant bien installés, toujours bruyants - c’est à l’oreille que j’avais trouvé l’endroit la première fois - mais ne gênent plus personne. Le local sert même de point relais aux habitants du quartier.

Une installation compliquée


"On n’a pas lâché l’affaire", sourit le président de l’association Mahamadou. Son but : ne pas laisser disparaître un savoir-faire ancestral. "Si on laisse la forge de côté, c’est comme si on oubliait une partie de notre vie quelque part", explique-t-il. Il tient à ce que les jeunes nés en France, comme lui, gardent un lien avec leurs origines.

Dans la forge, on fabrique surtout des bijoux. Ce matin-là, un jeune homme confectionne des colliers dorés. Lime, pince, chalumeau et perceuse : voilà l’essentiel des outils utilisés. Dans l’après-midi, le local se remplit. De jeunes hommes arrivent les uns après les autres. Je ne comprends pas ce qu’ils se disent entre eux - ils parlent soninké -, à l’exception de leurs rires qui fusent. Le bijoutier-stagiaire du moment, Marco, s’entraîne à fabriquer des bagues. Manda Kanté se penche sur son travail : "C’est super, c’est très bien ! Il faut l’encourager, lui."


Le bracelet pour enfant que Manda Kanté avait commencé à fabriquer passe de mains en mains : il est limé, décoré, arqué puis nettoyé. Pendant ce temps, le vieil homme nous parle du village dans lequel il a grandi, Niougoméra à la frontière avec la Mauritanie. Un jeune originaire du même endroit, arrivé récemment en France, nous montre sur son portable des vidéos d'enfants qui frappent le fer. "Quand j’étais petit, j’étais comme ça", nous dit le vieux monsieur. Sur une autre vidéo, un jeune homme fabrique un marteau. 

Un métier encore essentiel


C’est la confection de tels instruments que Manda Kanté a apprise avec son père, plus que celle de bijoux. Mais elle requiert du matériel qu’il est pour l’instant difficile de réunir au local de la FFAM. Des instruments traditionnels pour cultiver la terre sont quand même exposés dans le local. C’est là que je comprends le rôle central que tiennent les familles de forgerons : "Dans un village sans forgeron, les gens ne restent pas, explique Mahamadou Kanté. Ils vont ailleurs. Là où des forgerons forgent."


Texte : Adèle Cailleteau, Photos : Adèle Cailleteau, Clément Boxebeld

Papyrus

Le portrait des vieux de la vieille, l'histoire des savoir-faire et les coulisses du média, on vous dit tout dans la newsletter papyrus.

Votre demande a bien été prise en compte !
Une erreur s'est produite ! Si vous n'arrivez pas à vous inscrire, veuillez réessayer ultérieurement ou contactez-nous sur contact@oldyssey.org. Merci !"

Suivez Oldyssey sur

Contactez-nous

Contact@Oldyssey.org