#1 Danielle, la masturbation

Danielle a 76 ans, elle vit dans le sud du Portugal. C'est une célibataire épanouie, grâce à sa "petite valise rose", comme elle l'appelle. Dedans se trouve ce dont elle a besoin pour se faire du bien toute seule. Danielle n'a pas de tabou, elle encourage tout le monde, jeunes et vieux, à se masturber.

Un épisode réalisé par Adèle Cailleteau.

“Si vous n’avez pas de partenaire, faites vous l’amour à vous toute seule.” C’est le conseil bien-être de Danielle, 76 ans. En l’entendant dire cela sur les ondes de France Bleu Lorraine, j’ai voulu discuter masturbation avec elle. Sujet déjà délicat chez les jeunes, quelle place a le plaisir solitaire pour les plus de 70 ans ? Comment est-ce qu’elle a découvert la masturbation et qu’en disait-on quand elle était plus jeune ?


Cheveux courts et grand sourire, je vois Danielle à travers mon écran d’ordinateur. Elle porte un corsage rose qui découvre ses épaules et du rouge à lèvre. Sans ça, elle se sent nue, me dit-elle. Elle vit au bord de la plage dans le sud du Portugal depuis un an et demi, mais reste très connectée à la France.

Avec son accent belge, elle me parle de sa vie dans la brousse du Congo belge, de sa scolarité dans un pensionnat religieux et de son premier orgasme... quand elle avait une dizaine d’années. L’une de ses camarades plus âgées lui avait expliqué comment faire. Danielle s’y essaye dans les toilettes de l’institution. “Je suis allée jusqu’au bout”, ça l’a déstabilisée mais “malgré la peur, ça ne m’a pas empêché de recommencer”. Elle parle simplement et sans tabou, en ponctuant ses phrases de “Tu vois ?” et de rires francs.

Petite valise rose


Danielle est aujourd’hui célibataire et aimerait rencontrer quelqu’un. Elle est prête, à condition qu’elle n’ait pas à supporter quoi que ce soit et qu’elle s’épanouisse pleinement. Ce sont les hommes un peu plus jeunes qu’elle qui l’intéressent, ceux de son âge sont trop “planplans”.

La tendresse d’un homme lui manque, mais elle est satisfaite sexuellement... grâce à sa “petite valise rose”. Elle contient “tout ce dont on a besoin pour se faire l’amour à soi, sans aller avec le premier clampin qui passe dans la rue”. Elle invite tout le monde à se faire du bien — ça ne coûte rien —, avant d’enchaîner sur un tuto masturbation : “Tu choisis un moment où tu es seule, tu as coupé ton téléphone, tu te mets une petite musique en fond et vas-y quoi, caresses toi !”

— Adèle Cailleteau

Aller plus loin

Masturbation et sexualité des plus âgés — Entretien avec Catherine Péruchon, cadre de santé en Ehpad


Catherine Péruchon est cadre de santé à l’Ehpad de la Brunetterie, dans la Vienne, et travaille sur la question de l’intimité et de la sexualité des personnes âgées en établissement.


Il y a une dizaine d’années, le compagnon d’une résidente de l’Ehpad dans lequel vous travailliez dans la Vienne décède. Elle commence alors à se masturber avec des objets qui ne sont pas adaptés et se met en danger. Comment avez-vous réagi ?

Elle était très discrète et tout se passait dans sa chambre. Mais on a constaté qu’elle avait des lésions très importantes au niveau vaginal avec des saignements fréquents et de l’anémie. On a réfléchi en équipe et aux vues des troubles du comportement qu’elle avait [la résidente était en unité Alzheimer, ndlr], on s’est dit qu’elle ne serait pas capable de faire le lien entre son désir et ses blessures. Donc on a voulu faire quelque chose pour la sécuriser et on est parti sur l’achat d’un sextoy. On a appelé la tutrice de la résidente, il a fallu bagarrer avec elle pour avoir le sextoy. Quand il est arrivé, on a présenté l’objet à la dame, elle a bien compris la chose tout de suite. Elle a décidé de le mettre dans une ancienne boite de chocolat. Au moment de la toilette, on pensait à le nettoyer.

Quel impact a eu cette expérience sur vous et sur le personnel ?

Cette démarche a été novatrice, ça s’est su et on a régulièrement été interpellé pour faire du partage d’expérience autour de nous. On s’est intéressé de plus près à la sexualité des personnes âgées après ça. Aujourd’hui, il y a des formations à l’intimité et à la sexualité des personnes âgées qui sont organisées dans le Poitou-Charentes. On a des référents qui ont suivi ces formations et se sentent capables d’aborder ces sujets. Le but est de démystifier tout ça, d'être dans la compréhension et la bienveillance. Ça reste quelque chose d’intime et l’intimité de l’autre renvoie à la sienne.

Comment fixez-vous ce qui est permis et ce qui ne l’est pas ?

Notre cadre de fonctionnement, c’est qu’on ne tolère pas en Ehpad ce qui n’est pas toléré en dehors dans la vie quotidienne. Notre frein, c’est celui-là. À un moment, on s’est posé la question d’un monsieur qui voulait payer quelqu’un. Comme la prostitution est interdite, on lui a expliqué que ce ne serait pas possible. C’est problématique quand il y a un retentissement sur la collectivité, quand il y a masturbation en public par exemple, ou des blessures. Mais un couple qui se crée et qui s’isole dans une chambre, on n’a pas à intervenir.

Comment est-ce que vous vous comportez avec les enfants des résidents concernés ?

Je pars du principe que c’est la personne âgée qu’on accueille, c’est son lieu de vie. Les familles n’hésitent pas à mettre des interdits. On a eu un couple qui s’est créé dans l’Ehpad par exemple et une famille ne voulait pas que ce couple existe. Ça a été très conflictuel. Et parler à un enfant de la sexualité de son parent qui a 80 ans, souvent la réaction, c’est "c’est dégueulasse".

Vous travaillez depuis 38 ans, est-ce que des situations similaires étaient gérées de la même façon à vos débuts ?

Autrefois, les Ehpad dans la région, c’étaient les bonnes sœurs. Les résidents qui se touchaient la nuit par exemple, on les attachait tout simplement. Aujourd’hui, on a un regard de tolérance, on accepte que les personnes puissent se toucher quand elles veulent, sans remarques du type "c’est un vieux cochon pervers".

Propos recueillis par Adèle Cailleteau

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