#2 Jean-Pierre, le libertinage

Jean-Pierre a presque 70 ans et 40 ans de libertinage à son compteur. Comment sa pratique du libertinage a-t-elle évolué avec l'avancée l'âge ? Comment accueille-t-il l'idée de se retrouver parmi les plus âgés dans ses clubs préférés sur la Côte d'Azur ?

Publié le :
20/7/2021

Mes sources à Antibes m’avaient prévenue. La vie de Jean-Pierre est "plutôt... intense, à tout point de vue. Pour ce qui est d’histoires à raconter il y en a pléthore..." Confiante, j’appelle cette personnalité de la Côte d’Azur pour convenir d’un rendez-vous. Son assurance et sa voix rocailleuse m’amusent, je l’imagine déjà rouler des mécaniques. Il est prêt pour une interview "demain matin", "sans chichis". Le sexagénaire m’informe : il n’a aucun tabou. Très bien, c’est ce que je recherche. Le lendemain je pars à sa rencontre, avec seulement deux données sur le personnage : il a été marié deux fois et est libertin depuis des décennies.

Expertise du libertinage


En arrivant chez lui, Jean-Pierre m’accueille comme je le présumais, en roulant des mécaniques. Il trouve mes lunettes de vue "très sympas" et me propose une boisson. De l’eau pétillante ce sera parfait. Il me raconte l’histoire de sa maison et la discussion s’égare mais peu importe, l’essentiel est de le mettre à l’aise — même si notre interviewé n’est pas le plus grand des timides.

Pour l’interview on choisit de s’installer dans son bureau. Le salon et ses arches produisent un écho qui risque de parasiter l’enregistrement. Toujours aussi loquace, l’Antibois répond à toutes mes questions sans oublier d’entrer dans les détails. Il me confie ses premiers ébats, sa découverte du milieu libertin et son expertise dans le domaine qui lui vaut d’être sollicité par des amis plus ou moins jeunes pour des parrainages. Parfois le libertin veut aussi convertir. Plusieurs fois avant, pendant et après l’enregistrement, il me propose de l’accompagner. En tout bien, tout honneur. Juste pour voir. Enfin, sauf si l’envie me prend de faire du journalisme gonzo... Je décline à chaque fois confusément.

Parrainage


Au moment de partir, Jean-Pierre complimente une dernière fois mes lunettes et me donne sa carte de visite. Pour lui envoyer le podcast et puis, peut-être pour me faire un jour parrainer. Quelques jours après je tombe sur un article de Libération, "Journalisme peut-il rimer avec échangisme ? Le reportage 'flap-flap' en club libertin qui fait du bruit". Le quotidien résume : "Pour couvrir la réouverture d’un club libertin, la journaliste danoise Louise Fischer a passé plusieurs heures sur place et participé aux ébats. Transgression de la déontologie et shoot de voyeurisme auditif garantis." Soit, pour cette fois, le Danemark s’est déjà dévoué.

— Texte : Anaïs Delmas


Aller plus loin

Le libertinage traverse les âges


Si vous n’avez jamais pratiqué le libertinage, vous le relayez peut-être à une pratique ringarde ou dépassée. On a souvent en tête des clubs libertins surjouant le rococo et le kitsch, avec des tentures rouges vermeil et des moulures dorées. Ou peut-être les voyez-vous encore comme des lieux de prédation pour de vieux couples venus raviver la flamme.

Pourtant, près de 7% de la population française a déjà fréquenté un club. Nous sommes en 2e position en Europe juste derrière les Belges. Selon une grande enquête de L’IFOP réalisée en 2014, près d’un Belge sur 10 a ainsi déjà fréquenté un lieu échangiste. Mais en France, qui sont donc ces 7 % ?

Le rôle des applis


Déjà détrompez-vous : le libertinage ne se joue plus que dans ces clubs façon Eyes Wide Shut. La révolution internet et les applications de rencontre ont aussi misé sur le marché du libertinage et on vise désormais les plus jeunes. La démarche séduit les novices qui peuvent d’abord échanger par webcam, avant de se jeter dans le grand bain des pratiques libertines IRL ("in real life"). C’est en tout cas le but affiché de Wyylde, anciennement Netechangisme, qui se décrit comme "Le réseau social pour les célibataires, les couples et tous les gens sympa". Sur Instagram ou Twitter, l’équipe de communication manie à la perfection l’art du mème (ces photos ou gifs humoristiques repris et déclinés à l’infini sur les réseaux).

Selon le chargé de communication du site liberti, Benjamin Warlop, dans un article de 2017 à Konbini, il faut sortir du cliché du vieux libertin : "la population est très variée. Le libertinage touche tous les âges et toutes les catégories socioprofessionnelles. Depuis janvier 2017, 29 % des nouveaux inscrits ont entre 18 et 25 ans."

Et s’il y a bien une date à retenir pour les libertins de France c’est le 19 mai 2021. Ce jour-là, certains clubs libertins ont pu rouvrir en France lors du déconfinement. Soit bien avant les salles de restaurants, ou encore les discothèques.

Anaïs Delmas

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